25 janvier 2017

Sans foi ni loi

C'était le titre de la conférence débat de l'OMUP  vendredi dernier 20 janvier animée par  Vincent Colonna sur le thème des séries télé. Sémiologue, philosophe, auteur également de polars remarqués sous le nom de Barouk Salamé, Vincent Colonna est un "personnage" qui ne laisse aucun répit à son auditoire. Déjà accueilli en 2011, il nous avait alors expliqué " Pourquoi les séries nous rendent meilleurs". Cette fois changement de décor avec les séries " Sans foi ni loi" qui font le succès des chaînes payantes. Changement culturel ?
Je reprend le compte rendu fait avec Patrice Saint-André de l'Atelier des médias.



Philosophe, sémiologue et intellectuel « tout terrain », Vincent Colonna, interrogé par Mady Magimel, nous livre sa vision des séries télévisées, entre morale et divertissement.
« La fiction est censée être indépendante de la morale… Pourtant, les séries télévisées sont le miroir déformant de notre existence ».
Toute action, même simple, mobilise des idées morales et des valeurs. La vraie moralité est ce que l'on vit dans le quotidien. Quand on parle de moralité, c'est toujours lié aux émotions et, aujourd'hui, on ne sépare plus les émotions de la raison. L'intelligence émotionnelle souligne la valeur importante donnée à nos émotions.
Dans les séries télévisées, les questions morales sont mobilisées. On est touché par le comportement du héros, cela nous marque...mais quelle influence sur nos propres comportements ? Les séries nous rendent-elles meilleurs ?
Pour Bergson (1932), une bonne histoire, c'est la contre-façon de l'expérience.
On peut distinguer deux types de séries.
La série « grand public », plutôt consensuelle, sans trop de violence ou de sexualité, présente un récit dans un format linéaire, avec des rôles bien établis. On trouve ces séries sur les chaînes généralistes (TF1, France 2, FR3, M6…). Dans ce type de série, les images et les paroles sont redondantes et explicites.
La série d'auteur, sophistiquée dans la forme et dans le fond, diffusées sur les chaînes payantes, vise des « petits publics », avec des narrations plus complexes et des sujets « segmentants », pour parler comme les marketers. La série d'auteur devient amorale, le héros sympathique se transforme en héros maléfique (Dexter – Breaking Bad). La série-crise est illustrée par Games of Thrones, la série-destin par Les Soprano.
Les séries d'auteur se rattachent-elles à la « culture haute », culture élitiste qui produit des objets persistants ? Dans la « culture basse », le récit et la fiction narrative sont essentiels pour mobiliser le spectateur.
Dans les séries télévisées, les personnages sont plus fouillés que dans les films de cinéma. On prend le temps de se familiariser avec les personnages. Une bonne série, c'est 5 à 6 saisons ! A la télévision, l'écoute est faite de ruptures et d'inattention, contrairement au cinéma où l'écoute est concentrée, exclusive et continue. Les séries TV se plient à ces contraintes du format télévisé.
Les séries TV nous font aussi accepter des évolutions de société, l'homosexualité, les familles recomposées...Un point positif à mettre au crédit des séries, pourtant sans foi, ni loi. 
Vincent Colonna fait toutefois observer que pour 75% des téléspectateurs du monde, de l’Inde au Brésil,  c’est la « telenovela » qui domine le paysage audiovisuel. Elle a une vocation moralisatrice autant qu’instructive. Un parallèle est fait entre l’instabilité politique et sociale et le besoin de fictions rassurantes. Sur ce plan  « La telenovela   est sans doute le plus formidable contrepouvoir à l’influence des audiovisuels « impériaux » de l’Amérique et de l’Europe ».


Patrice Saint –André, Jean-Claude Charrier

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