16 octobre 2017

Macron et les journalistes

Selon les gazettes, Emmanuel Macron aurait assez peu de considération pour les journalistes qui, pour la plupart, ne seraient pas en mesure de le suivre sur des développement politiques et philosophiques. Les 75 minutes passées hier soir sur TF1 avec Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray et David Pujadas l'ont sans doute renforcé dans cet opinion, même si les trois journalistes n'ont pas démérité.
Pour relever quelques travers, le début de l'entretien a montré que parler des "gros mots" et autres "bordels" était absolument prioritaire, alors que d'un autre côté la langue de bois est vivement fustigée. Le sujet passionne les médias mais pas les Français davantage soucieux d'économique et social. Sur ces questions les journalistes ont vite été largué sur certaines questions techniques pour lesquelles Emmanuel Macron - sans aucune note pendant tout l'entretien -  relève " Attentez pour être précis, il faut dire...". Dans ces développements, le fait de ne pas accepter de se laisser interrompre par un (e) journaliste est vivement critiqué par certains confrères aujourd'hui. Pourtant les Français veulent écouter le président en priorité. Quand les questions sociales ou fiscales sont abordées, les trois journalistes deviennent " les délégués du comité de quartier" scandalisés par toutes les inégalités surtout de revenu. Indignation de personnes riches,ce que ne manque pas de relever le président, qui s'inclue dans cette population. Vient alors un silence... Autre exemple du dialogue à deux niveaux différents, quand la question Trump a été abordée. Tout frétillant, les trois interviewers, parlant en même temps s'attendaient à je ne sais quel scoop ou formule pour être du côté des rieurs, au détriment de cet incompréhensible président des Etats-Unis. Emmanuel Macron a très justement recadré les choses au niveau de deux pays amis et alliés dont les relations dépassent les petites chroniques dont les médias nous abreuvent.
Malgré tout, beaucoup de sujets ont été abordés et l'objectif pédagogique a sans doute été atteint. C'est bien là l'essentiel qui justifie pleinement l'exercice.

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14 octobre 2017

Royal de Luxe va-t-il rendre l'argent ?

11 octobre 2017

Football, ennuyeux et énervant

Une nouvelle fois contre une équipe de Biélorussie bien modeste, l'équipe de France de football a été incapable,  à part une dizaine de minutes, d'enthousiasmer le public pourtant prêt à s'y mettre. Dans un Stade de France plein, l'équipe de Didier Deschamps a une nouvelle fois ânonné son football : absence de rythme, " perte de temps" à répétition dans des passes entre défenseurs et milieu de terrain, engagement douteux de certains joueurs, incapacité à se projeter à l'avant dans des contre attaques éclairs, permettant de créer des espaces pour les attaquants,  toujours maltraités ou ignorés dans cette équipe.
Certains disent que cette équipe est construite autour de Giroud. J'en doute quand je vois le faible nombre de centres de qualité qui lui sont adressés alors qu'il exploite avec un engagement exemplaire tous ces ballons, le nombre très limité de passes venant des joueurs de milieu de terrain, à part Matuidi, toujours excellent. Cette équipe ne montre pas d'automatisme, pas d'accélération, donne le sentiment que jouer dans la largeur du terrain avec des passes à 3 m, l'intéresse plus que de jouer dans la longueur où il faut se confronter à l'adversaire. J'ai d'ailleurs toujours trouvé absurde les statistiques de " passes réussies" quand les défenseurs peuvent "faire circuler le ballon" en jouant en retrait entre eux ou avec le gardien, attendant je ne sais quoi, ou "jouant la montre".
Bref un football de petit comptable, où l'on ne voit pas  de plaisir de jouer et de construire du jeu efficace et spectaculaire. Pourtant cela existe : les grandes nations européennes l'ont montré dans cette phase qualificative de la coupe du monde.

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9 octobre 2017

Lynchage et Lâcheté

Lynchage et lâcheté, deux termes forts pour qualifier ce qui s'est passé le samedi 31 octobre dans l'émission "On est pas couché"  que je ne regarde pas étant peu intéressé par le mélange des genres, et le côté bateleur de Laurent Ruquier. La chronique ci-dessous de Jean-Claude Raspiengas dans La Croix exprime une juste indignation face à cette télévision du buzz à tout prix. " Une télévision de sévices publics"

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5 octobre 2017

De Rugy fait la leçon à Johanna Rolland

4 octobre 2017

Attentats, supporte-t-on la vérité ?

Selon un proverbe populaire espagnol " Il ne faut pas montrer la vérité nue mais en chemise" . Une grande partie de la presse audiovisuelle fait sienne ce proverbe, quand il s'agit de parler de l'attentat terroriste de dimanche dernier à Marseille, où deux jeunes filles ont été tuées à l'arme blanche par un assaillant qui, aux dires de témoins, aurait crié " Allah Akbar"en se précipitant sur ces victimes. Faut-il dire ou ne pas dire qu'une des deux jeunes filles a été égorgée et que l'autre a reçu un grand nombre de coups de couteaux dans le ventre "à la vitesse d' un marteau piqueur" ( Le Monde) selon un témoin de la scène ?.  Dire simplement qu'elles ont été tuées " à l'arme blanche" n'est-ce pas édulcorer, banaliser, prendre de la distance,  vis-à-vis de cet attentat particulièrement violent. D'un autre côté, être explicite sur les circonstances précises de ces assassinats, n'est-pas susciter un surcroît d'émotion et d'horreur, qui peut être insupportable à une partie de l'opinion ?
A priori, la mission du journaliste est de rendre compte des faits, de la façon la plus objective possible, sans en rajouter, ni en retrancher, ni porter de jugement. Si l'on considère que relever qu"Allah Akbar" est très souvent la signature d'un attentat islamique, et repris à ce titre par la presse, il est significatif au même titre, que le mode opératoire du terroriste en visant la gorge de sa victime, "signe" son crime et par là même oriente l'enquête de la police. Il est sans doute plus important de dire la vérité des choses dans ce domaine du terrorisme, que dans n'importe quel fait divers sans conséquences politiques.
En revanche, pour ce qui concerne les images, je suis réservé, car il y a trop souvent un usage abusif ( cf. chaîne d'info en boucle), une recherche de voyeurisme,  qui n'apportent pas souvent dans ce domaine, un supplément d'information appréciable. 

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2 octobre 2017

Autour de Bagnere de Luchon

Dans une vieille et jolie église à flanc de montagne à Cazaril Caspenes près de Bagnère de Luchon, ce tableau réalisé en 1976 d'un enfant du pays,  Jacques Sourth : "La Madone à la clef".

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22 septembre 2017

L’échec très discret du tram-train Nantes-Châteaubriant



Il ne faut pas manquer la dernière enquête de Médiacitées Nantes 
L’échec très discret du tram-train Nantes-Châteaubriant
Inauguré en grande pompe il y a trois ans et demi, le tram-train qui relie Nantes à Châteaubriant enregistre un trafic très inférieur aux prévisions ( dernières stats données : 1000 et quelques passagers/jour alors que les objectifs 2017 étaient de 11 000 passagers/jour) et oblige à des correspondances ubuesques au delà du terminus. Le prix de cette originalité ? 270 millions d'euros...(Région, Département, Métropole, Europe, Etat…) tout le monde a mis la main à notre poche. Sujet tabou !
Une très bonne enquête de Médiacitées Nantes, bien documentée, illustrée, qu’il fallait sortir.

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21 septembre 2017

Combien de manifestants ? - La CSG +25%

C'était bien connu : les soirs de manifestations les grands médias audiovisuels ouvraient leurs éditions en citant le nombre de manifestants selon les organisateurs, le plus souvent la CGT, puis d'une façon plus discrète, le chiffre selon la police.
Surprise ce soir en écoutant la radio ( Europe 1 ?) puis le journal de France 2, seuls les chiffres de la police sont cités et aucun chiffre venant des organisateurs. Sur les manifs de province, un seul chiffre est donné, dont la source n'est pas cité. Résultat : un sentiment de grande confusion et des questions. Les syndicats n'ont-ils fourni aucun chiffrage ? si c'est le cas pourquoi cette nouvelle stratégie n'est-elle pas explicitée ou interrogée ? Si ce n'est pas le cas, à quoi imputer cette nouvelle attitude des grands médias. Je n'ose penser à une certaine complaisance à l'égard du pouvoir. A voir attentivement dans la presse écrite demain.

Autre traitement médiatique qui m'agace depuis plusieurs mois : la hausse de 1.7 pts de la CSG à partir du 1er janvier 2018 pour les retraites supérieures à 1 200 € par mois pour une personne seule.
Pour la plupart des gens  1.7 pts ça ne signifie pas grand chose. L'information décodée dont se flatte les journalistes, c'est au moins de dire que par cette mesure, la CSG va passer de 6,6 % à 8,3% c'est à dire qu'elle va augmentée de 25 %, c'est mathématique et plus explicite. Après on peut discuter, si la mesure est légitime ou non, juste ou non, etc.

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19 septembre 2017

La novlangue de Johanna R.

Le conseil de développement de Nantes Métro vient de publier une plaquette bienvenue sur " La Métropole : La nouvelle frontière démocratique" .Le constat est sans concession sur les nombreux domaines où Nantes est loin d'être exemplaire.
J'ai relevé cette extrait dans une des pages traitant de l'information des citoyens:
" C'est ainsi que dans la parole publique, le territoire devient forcément durable et apaisé, bienveillant, innovant, juste et solidaire, inclusif tout en étant mixte et polycentrique et surement...locavore. Il est aussi le lieu du vivre ensemble, des transitions en tous genres, des circuits courts, de la sobriété heureuse, des circulations douces et des courtes distances et fonctionne... en mode projet."
Le conseil revient sur bon nombre des propositions qu'il a émises pour la bonne efficacité du grand débat sur la Loire, et qui n'ont pas été concrétisées dans le sens souhaité, comme par exemple une assemblée délibérative tirée au sort, en même nombre que le conseil communautaire.
Dans le n° de Place Publique consacré à ce grand débat, j'avais fait part de mon appréciation sur le fameux triangle élus-services-citoyens, où les services sont rapidement dominants.

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18 septembre 2017

L’illusion de la gratuité

13 septembre 2017

Lancement de Mediacités Nantes

Lancement ce soir au Médiacampus, du premier numéro  de Mediacités Nantes, l' hebdomadaire d investigations sur Nantes.
Deux enquêtes signée l' une, d' Antony Torzec, sur The Bridge et l' autre, de Florence Pagneux sur les jeunes migrants  accueillis dans des familles Nantaises.
Beaucoup de monde dans une ambiance sympa.Bon vent !

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12 septembre 2017

Anne Nivat, Christophe Barbier, Brice Teinturier...

Anne Nivat, Christophe Barbier, Aude Lacelin, Brice Teinturier, sont quelques uns des invités de l'Observatoire des médias 2017/2018 de l'université permanente de Nantes.
Voici le programme que j'ai préparé avec les amis de l'équipe d'animation.


Anne NIVAT

Jean-Claude Charrier et l’équipe d’animation
Objectif :  Organisé autour de conférences-débats et animé par des acteurs ou des spécialistes des médias, l’Observatoire des médias s’adresse à un large public désireux de mieux connaître la société de l’information et d’en débattre.
 10 novembre – Anne NIVAT - Le grand reportage, aussi en France.                                   Docteur en Sciences Politiques Anne Nivat est reporter de guerre indépendante et écrivaine. Elle a été pendant 10 ans correspondante en Russie. Anne Nivat a réalisé de nombreux reportages dans les pays en conflits : Tchétchénie, Afghanistan, Irak… Elle est l’auteure d’une dizaine de livres, dont Chienne de guerre, prix Albert Londres en 2000. Anne Nivat a publié en 2017 Dans quelle France on vit (Fayard) un récit d’immersion dans six villes de tailles moyennes.
24 novembre – Mahir GUVEN (en remplacement d’Eric FOTTORINO indisponible)                   Le 1, une nouvelle presse écrite qui marche.                                                                        Directeur exécutif au journal « Le 1 » auquel il participe depuis sa création en avril 2014. Cet hebdomadaire totalement nouveau par sa présentation et sa ligne éditoriale a été fondé par Eric Fottorino avec Laurent Greilsamer et Natalie Thiriez. Mahir Guven est né en 1986 à Nantes, où il a vécu jusqu’à vingt ans. Après ses études et plusieurs années au sein d’un grand cabinet de conseil aux entreprises, il rejoint Eric Fottorino pour lancer le 1. En mars 2017, la même équipe s’allie à François Busnel et créée le magazine America. Mahir Guven publie en octobre 2017 son premier roman Grand frère.
1er décembre – Aude LANCELIN – La presse française : un monde libre ?
Journaliste française. Elle a été directrice adjointe de la rédaction de l’Obs de 2014 à 2016, et de la rédaction de Marianne de 2011 à 2014. Elle est notamment la coauteure des Philosophes et l’amour (Plon). De son licenciement de l’Obs elle a tiré un essai décapant Le monde libre prix Renaudot de l’essai 2016.
15 décembre – Michel URVOY-  L’avenir inquiétant du journalisme politique.          Journaliste, éditorialiste politique à Ouest France depuis 2007, il est directeur des services parisiens du journal depuis 2009 et secrétaire général de la rédaction d’Ouest France depuis 2012. Il est par ailleurs secrétaire de l’Association des Journalistes Parlementaires.

12 janvier – Philippe BILGER - Affaires, médias,  justice : la transparence à tout prix ?                    Magistrat honoraire, président de l’Institut de la parole, Philippe Bilger a été plus de vingt ans avocat général à la Cour d’Assises de Paris. Auteur de très nombreux ouvrages, il vient de publier La parole rien qu’elle aux éditions du Cerf, 2017. Philippe Bilger tient le blog Justice au singulier et un compte Twitter.
26 janvier –  Brice TEINTURIER -   Regards sur l’opinion française.                                                    Diplômé de Sciences-po, titulaire d’un DEA d’études politiques et d’un DEA de philosophie, Brice TEINTURIER  est Directeur Général Délégué France IPSOS. Expert reconnu des évolutions de l’opinion, tant dans  la sphère politique et électorale que sociétale, il intervient régulièrement dans les médias audiovisuels. Il a publié en 2017  Rien à faire, rien à foutre aux éditions Robert Laffont, prix du livre politique 2017.
9 février – Invité à préciser
16 mars - Patrick MAHEParis Match, soixante ans de scoops, soixante ans d’Histoire. Journaliste et écrivain français, il a été rédacteur en chef de Paris Match et directeur de la rédaction de Télé 7 jours. Il a créé le salon du livre en Bretagne, et est directeur de collection aux éditions du Cherche Midi. Patrick Mahé a publié un grand nombre de livres et essais, parmi lesquels, Les dossiers secrets de Paris Match (2009) Ed. Robert Laffont, Les archives de la télévision (2014) et Les héros du photojournalisme (2014) aux Éditions du Chêne.
23 mars – Daniel CORNU* - L’éthique et la déontologie du journalisme au temps de l’internet.                                                                                                                                           Daniel Cornu est médiateur du groupe de presse Suisse Tamedia. Il a été journaliste pendant trente ans et rédacteur en chef de La Tribune de Genève de 1982 à 1992 et son médiateur pendant huit ans et demi. Il a enseigné l’éthique de l’information dans plusieurs universités suisses. Daniel Cornu est notamment l’auteur de Journaliste et vérité (Labor et Fides, 1994/2009), Les médias ont-ils trop de pouvoir ? Editions du seuil, 2010, et Tous connectés ! Labor et Fides 2013.
6 avril : Christophe BARBIER –  La fonction d’éditorialiste dans le journalisme d’aujourd’hui. Editorialiste à l’hebdomadaire L’Express, Christophe Barbier «  le journaliste à l’écharpe rouge » a suivi une formation à l'ENS et est  diplômé d'un Master Spécialisé en Médias. Il a travaillé pour Le Point, puis Europe 1 avant de devenir directeur du service politique de L'Express en 1996, puis directeur de la rédaction en 2006. Il a dirigé temporairement l’hebdomadaire et mène parallèlement une carrière de comédien et metteur en scène de théâtre. Christophe Barbier intervient régulièrement dans de nombreux médias audiovisuels notamment l’émission C dans l’air sur France 5 et sur BFM TV comme éditorialiste.
Autre invité ayant donné son  accord : Serge TISSERONApprivoiser les écrans.             Psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie Serge Tisseron, a écrit de nombreux essais et ouvrages collectifs, et contributions qui portent principalement sur nos relations aux objets technologiques. Il a été co-rédacteur de l’avis de l’Académie des sciences  L’enfant et les écrans . Il a récemment publié  3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir  ères Toulouse 2013 et  Le jour ou mon robot m’aimera, vers l’empathie artificielle  Albin Michel 2015.
*Daniel CORNU participera le lendemain dans le cadre des Rencontres de Sophie au Lieu Unique, a un débat avec Edwy Plenel sur le thème ‘Journalisme et vérité’ présenté par T. Guidet.



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31 août 2017

Soutenir Loup Bureau

Bonjour,
Je viens de signer la pétition "Les autorités Turques: Liberté pour le journaliste Loup Bureau incarcéré en Turquie depuis le 26 Juillet 2017". C'est une cause importante. Voudriez-vous la signer à votre tour ?
Voici le lien:
https://www.change.org/p/les-autorités-turques-liberté-pour-le-journaliste-loup-bureau-incarcéré-en-turquie-depuis-le-26-juillet-2017?utm_medium=email&utm_source=petition_signer_receipt&utm_campaign=triggered&share_context=signature_receipt&recruiter=46504220 
Merci,

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9 août 2017

Mieux vaut Neymar que Drahi...



Mieux vaut Neymar que Drahi : les leçons de morale ça suffît !
Par Régis de Castelnau dans Causeur 7 août 2017

Avec l’arrivée de Neymar au PSG, on vient de vivre une jolie séquence de mépris de classe et d’aversion sociale. Chez les CSP plus ou moins plus, ce ne fut qu’une clameur : « Ces cons de prolos qui aiment le foot! Bandes d’abrutis! »
Dans un premier temps, ce furent les cris d’orfraie à propos des sommes en jeu dans ce transfert, puis les crachats sur ceux qui se réjouissaient ou qui faisaient la queue pour acheter son maillot.
Tiens, à propos de maillot, une petite histoire qui se passe dans le monde du rugby, mais qui en dit long. Et qui servira d’introduction.
C’est l’histoire d’un enfant lourdement handicapé en fauteuil roulant que son père accompagne au stade pour une rencontre de coupe d’Europe. Celui-ci avise le président du club qui reçoit et lui demande l’autorisation de faire un saut dans le vestiaire avant le match pour que son fils y voie son idole, l’Irlandais Sexton. Aussitôt dit aussitôt fait, la chaise roulante parcourt les couloirs et rentre dans le vestiaire. Au moment où Sexton s’approche, le gamin, les yeux brillants, écarte brusquement son blouson pour faire apparaître le maillot floqué au nom de son héros. Celui-ci gorge nouée, yeux embués, et mains tremblantes l’embrasse et lui promet le maillot qu’il porte pour la fin du match. Dans ce vestiaire plein de colosses sentant l’embrocation, on n’entend plus que des reniflements.
Il n’y a qu’un seul Neymar
Et c’est exactement la même chose dans le foot. Il suffit d’écouter Blaise Matuidi. Parce que oui, on l’aime le « passing game ». Le jeu du peuple, de tous les peuples. Et ceux qui y jouent et nous donnent ce plaisir, on les aime aussi. Et tant mieux s’ils gagnent du fric. Eux ne le volent pas. Il y a UN Neymar dans le monde, UN. Qui a bossé comme un chien pour y arriver. Comme il n’y avait qu’UN Zidane. Et des centaines de millions de gens qui les admirent (à juste titre). Même si on sait et le déplore, le rôle du big business qui se gave autour d’eux.
Mais personne ne semble choqué par la fortune d’un Drahi prédateur qui ne crée aucune valeur et s’est contenté de racheter les entreprises des autres avec l’aide de Macron. Il est pourtant 100 fois plus riche que Neymar. Personne ne s’offusque des Yachts à 200 millions d’€ pièce alignés par dizaines à Saint Tropez et par centaines à Monaco. Mais un gosse des quartiers qui sort du rang, c’est insupportable.
En général, les footeux ne se renient pas
Un grand joueur de football c’est une entreprise économique. Ils gagnent beaucoup d’argent mais ceux qui les emploient encore plus. Et ils font des sacrifices, renoncent à leur jeunesse, travaillent, et travaillent encore dans un système où il y a tant d’appelés et tellement peu d’élus. Quand ils deviennent riches, ils en font profiter la famille, le village, la ville. Parce que les footeux ne se renient pas en général.
Alors pourquoi tant d’amour pour ce jeu où on ne peut même pas mettre les mains?
« Le football est universel parce que la bêtise est universelle » disait Jorge Luis Borges, modèle d’arrogance intellectuelle qui se prenait très au sérieux. Mais là il y va quand même un peu fort. Ce qui apporte un peu d’eau à son moulin, c’est que la littérature entretient peu de rapports avec le foot. Pourquoi le football n’est-il pas lui aussi une « province naturelle de la littérature » comme le vélo ? Mystère. Pourtant, beaucoup d’écrivains l’ont aimé, voire  adoré. Beaucoup d’intellectuels aussi. Tous en ont parlé, plus pour se justifier de leur passion que pour l’expliquer. Souvent pour ne pas dire grand-chose. Comme Albert Camus: «Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités ». Précédé par Antonio Gramsci qui vante le « royaume de la loyauté humaine exercée au grand air ».
Neymar, madeleine de Proust des enfants d’aujourd’hui
Les passionnés qui ont pratiqué (j’ai eu cette maladie, qui s’est révélée incurable) se demandent ce qu’ils pourraient bien dire. Pasolini, qui y voyait « un phénomène de civilisation tellement important », a réglé le problème en expliquant que ce sport n’avait pas besoin de mots, son langage se suffisant à lui-même et à ceux qui le comprennent. Pirouette confortable, qui permet d’en faire une auberge espagnole. Chacun va y apporter ses penchants, ses souvenirs et ses émotions. Et les activer, qui en tapant dans le ballon, qui en regardant les autres le faire. En commençant par ce qui vient de son enfance.
Écoutez ceux qui vous parlent de leur passion pour le football, ils commencent tous par raconter leur premier souvenir de foot. En général vers huit ans, souvent avec son père, l’évocation, au travers d’un souvenir enjolivé, d’un moment de bonheur émerveillé. Avec d’immenses héros lointains, Kopa, Pelé, Platini, Maradona, Zidane, Messi, Neymar… Chacun a les siens, mais en fait, c’est toujours le même. Avec Saint-Exupéry, nous sommes tous « de notre enfance comme d’un pays ».
Le capitalisme a toujours fait du jeu une marchandise
Et puis au football, on y vient avec sa culture. C’est elle qui dictera aussi nos réactions. Ah, la soirée du 8 juillet 1982 à Séville, où la France, ridicule depuis 25 ans, parvenait en demi-finale du tournoi mondial où  elle affrontait l’Allemagne. En alignant, face aux brutes germaniques, un milieu de terrain constitué de quatre fils d’immigrés efflanqués qui était le meilleur du monde. Chacun connaît l’histoire et sa fin, horrible concentré d’injustice. Je me demande bien comment Camus et Gramsci auraient pu voir de la morale et de la loyauté dans l’agression de Schumacher et le penalty manqué par Bossis. Je ne fus pas vraiment surpris de la réaction d’une partie du public français qui, souvent Poulidoriste, adorant les vainqueurs qui perdent, invoqua la malchance, vaguement l’injustice, et plaignit beaucoup les vaincus. Pour ma part, c’était simple et stupide : la haine du boche.
Heureusement, intellectuels gommeux et petits-bourgeois sans passion nous expliquent doctement qu’en fait, nous sommes manipulés. On va nous apprendre tout d’abord que le football est un moyen de gouvernement, un moyen de pression vis-à-vis de l’opinion publique et une manière d’encadrement idéologique des populations. Ensuite, qu’il est devenu un secteur d’accumulation de richesse, d’argent, et donc de capital. C’est une marchandise clé du capitalisme mondialisé. Et enfin, il constitue un corps politique, un lieu d’investissement idéologique sur les gestes, les mouvements. Bigre. Il est vrai que la FIFA n’est guère reluisante. Association à but non lucratif, elle est en réalité une holding transnationale gérant le capital sportif et sa marchandisation. Un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013, et autant de réserves financières. Mais la transformation d’un jeu en marchandise n’est pas une nouveauté, le capitalisme l’a toujours fait, dès lors que ce jeu en valait la chandelle.
Le grand-pont de Pelé sur Mazurkiewicz
Cette approche ne répond pas à la question : pourquoi est-ce que tout le monde joue au foot aux quatre coins de la planète sur des terrains vagues, dans des cours d’école, sur les plages ? Et depuis très longtemps. Contrairement à ce que l’on peut penser, en Nouvelle-Zélande, le premier sport pratiqué est bien le football. Et comme, c’est le peuple qui joue, c’est souvent le sport des ouvriers, Jean-Claude Michéa, adorateur du foot mais conscient du problème, nous propose une explication compatible avec sa chère «common decency ». Alors, pourquoi cette fascination pour ce jeu bizarre, qu’on peut certes jouer partout, mais où le descendant d’Homo habilis n’a pas le droit de se servir de ses mains ?
La plus belle et fugace œuvre d’art que j’ai eu l’occasion de voir dans ma vie est « le grand-pont sur Mazurkiewicz ». Le grand-pont, c’est celui de Pelé en demi-finale de la coupe du monde 1970. Parti de la droite du terrain, il va à la rencontre d’une grande transversale que vient de lui délivrer Tostao. Le gardien uruguayen sort à sa rencontre. Pelé croise la trajectoire du ballon sans le toucher. Crucifiant le gardien stupéfait qui voit la balle passer à sa gauche et Pelé à sa droite.
Durée de la séquence trois secondes. Du geste génial qui nous arrache un cri que j’entends encore, une demie seconde. Fulgurance qui résume bien le football, un sport d’équipe organisé et rationnel et un JEU individuel et irrationnel.
Je n’aime pas trop le PSG, mais je vais me régaler à regarder jouer Neymar. En attendant M’Bappé…
Régis de Castelnau dans Causeur 7 août 2017

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