28 août 2012

Qualité de l'info



Une partie de la presse reprend sans tiquer une lourde bourde de l’AFP
11/08/2012 par Eric Lombard

Dans Ouvertures n° 30 septembre 2012


« Google paye 22,5 milliards de dollars d´amende ». Environ deux fois ses bénéfices annuels ! C’est ce qu’affirmait sans frémir l’Agence France-Presse dans le titre d’une dépêche le 9 août 2012, repris tel quel par une partie de la presse nationale et l’ensemble de la presse régionale.



Le lecteur pressé aurait fort bien pu prendre ce scoop pour argent comptant, car Google l’a habitué aux chiffres démesurés. Le nom même de Google ne vient-il pas du terme mathématique googol, qui désigne un nombre commençant par 1 et suivi de 100 zéros ? Le lecteur attentif qui aurait poursuivi la lecture de la dépêche AFP aurait pu être saisi d’un doute en constatant quelques lignes plus loin que l’amende était tombée à 22,5 millions de dollars, soit mille fois moins. Alors, 22,5 millions ou 22,5 milliards ?

Au lecteur pinailleur la phrase suivante donne des indices : « A l´échelle de Google, qui a publié le mois dernier un bénéfice trimestriel de 2,8 milliards de dollars, il s´agit d´une pénalité modeste, mais la FTC [Commission fédérale du Commerce américaine] a souligné qu´elle représentait en ce qui la concerne un montant record ». Millions donc, a priori, ce que confirme facilement la consultation de Google News, la version américaine de Google Actualités.

Cet exemple n’est pas isolé. Il n’est pas rare en effet qu’un journaliste se trompe en jonglant avec millions et milliards, ce qui est désolant. Mais la faute de l’AFP est impardonnable, car un simple contrôle de cohérence aurait suffi à la débusquer. Impardonnable également du fait de la responsabilité particulière de l’agence de presse en tant que pourvoyeuse d’informations. Si certains médias comme Le Monde, Le Figaro ou Le Point ont d´emblée rectifié l’erreur, certains de leurs confrères de la presse nationale - La Croix et Le Parisien - et l’ensemble de ceux de la presse quotidienne régionale n’ont pas fait le travail élémentaire de vérification et de recoupement qui leur incombait. Ils ont publié la dépêche telle quelle. L´AFP ayant ensuite rectifié son titre, la plupart d´entre eux ont dicrètement fait amende honorable.


Le 9 août 2012, l´article de La Croix reproduit l´erreur de l´AFP. Celle-ci ne sera modifiée que le lendemain.

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15 septembre 2010

Ouvertures, Médiapart...

Nous avons reçu à l'Observatoire des médias en 2007/2008, Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste indépendant ( L'information responsable, un défi démocratique Ed.CLM) à propos duquel à l'issue de la conférence, un ami me confiait : " Tu as invité le Don Quichotte de la presse !" Il est actuellement responsable d'une newsletter trimestrielle qui s'appelle "Ouvertures, la tribune de l'honnête homme du XXIè siècle" Pas moins !
On y trouve des informations diverses notamment dans le domaine de la santé qui suscitent des interrogations, mais aussi des infos sur la presse. Deux exemples :
Le marketing fortement incitatif de Médiapart
Les aides de l'Etat à la presse écrite, sujet opaque s'il en est.

Ouvertures n° 11 - 3e trimestre 2010
Ethique commerciale Vos commentaires

Mediapart : arnaque en ligne ?
9/07/2010 par Eric Lombard
1 € pour 15 jours d’essai, c’est tentant. Mais quand les 15 jours viennent à échéance, Mediapart ne vous demande pas si vous souhaitez continuer. Il prélève.

Si je n’avais pris la précaution d’utiliser mon e-carte bleue [1] pour souscrire à l’abonnement d’essai, mon compte aurait été débité de 9 € par mois et je serais maintenant abonné « en dur » à ce média qui a trouvé là un étrange moyen de se rendre incontournable.
Mon stratagème a heureusement enrayé la mécanique. Les 15 jours d’essai écoulés, j’ai reçu un courriel de "Caroline de Mediapart" me signalant un petit problème :
Vous bénéficiez d´un accès à Mediapart.fr ; nous vous remercions de votre fidélité et votre soutien.
Attention : le dernier prélèvement sur votre carte bancaire n´a pu être effectué. Cela peut être lié à un problème de date d´expiration, de perte, de changement de banque...
Depuis, aucune réponse ni à mes appels téléphoniques, ni à mon courriel…
Que Mediapart ait recours à ce piège ne manque pas de m’étonner. A-t-on besoin de cela quand on bâtit sa réputation sur des enquêtes exclusives reprises par l’ensemble de la presse ?Ouvertures n° 11 - 3e trimestre 2010
Finances Vos commentaires

L’État soutient fortement les médias et la presse
18/08/2010 par JL ML
Avec un montant de 1,8 milliard d’euros pour 2010, l’aide aux médias et à la presse décidée par le gouvernement atteint un niveau important. Elle mériterait plus de transparence sur ses bénéficiaires.

Photo: Cuej-Strasbourg.

Chaque année, le projet de loi de finances détaille le montant des crédits alloués aux différents secteurs d’activité du pays. Dans l’annexe concernant la mission « Médias » du ministère de la culture, figurent les chiffres de ces aides accordées aux médias, dont la presse écrite (papier et internet) : 1813,5 M€ au total pour 2010.
- Programme « Presse » en 2010 : les crédits enregistrent une hausse de près de 51% par rapport aux crédits inscrits en loi de finances pour 2009, soit 419,3 M€ (416,3 M€ après le vote effectif de la loi) en 2010 contre 277,7 M€ en 2009. Ce chiffre se décompose en 113,4 M€ pour les abonnements de l’État à l’Agence France Presse (AFP) et 305,9 M€ d’aides à la presse (voir encadré).
À ce montant, il faut ajouter environ 200 M€ d’aides indirectes (dépenses fiscales sur impôts d’État) : taux de TVA de 2,10 % applicable aux publications de presse ; réduction d’impôt pour souscription au capital des sociétés de presse ; déduction spéciale prévue en faveur des entreprises de presse. La presse des collectivités locales bénéficie également de ce dispositif à hauteur de 1 M€.
Il faut aussi ajouter le déficit supporté par La Poste, 399 M€ en 2008, pour le transport de la presse d´information générale.
Enfin, aux journalistes est accordée une « allocation forfaitaire pour frais d’emploi » d’un montant de 7650 € à déduire de leurs revenus imposables. Soit au minimum 20 M€ de manque à gagner pour l’Etat.
Au total, donc, l´argent public se monte à 1055,9 M€ pour la seule presse écrite.
- « Contribution au financement de l’audiovisuel » : 497,9 M€.
- « Action audiovisuelle extérieure » (Radio France Internationale (RFI), France 24 et TV5 Monde) : 199,1 M€.
- « Soutien à l’expression radiophonique locale » : 29 M€ contre 26,5 M€ pour 2009, pour soutenir essentiellement les besoins nouveaux liés au lancement de la radio numérique.
Enfin, pour être complet, il faut rajouter les 15,6 M€ de dotation pour Public Sénat et les 16 M€ pour la Chaîne parlementaire-Assemblée nationale.
Le détail des aides à la presse par l’État
Aides à la diffusion
- Aide au transport postal de la presse d’information politique et générale : afin de « compenser les surcoûts de la mission de service public de transport postal de la presse, l’État s’engage à apporter à La Poste une contribution annuelle de 242 M€ en 2009, 2010 et 2011 ». Au total, après perception de cette contribution versée par l’Etat, le déficit supporté par La Poste en 2008 s’est élevé à 399 M€.
- Réduction du tarif SNCF pour le transport de presse : 5,8 M€.
- Distribution et promotion de la presse française à l’étranger qui contribue au « rayonnement de la pensée et de la culture françaises » : 1,9 M€. Les bénéficiaires de cette aide sont des éditeurs particuliers (une trentaine), des organismes collectifs de promotion des ventes ou des sociétés de messageries.
- Portage de la presse : la dotation de l’aide est passée en 2009 de 8, 2 M€ à 70 M€ à l’issue des États généraux de la presse. Le nombre de bénéficiaires est ainsi passé de 63 en 2008 à 126 en 2009, nombre qui devrait encore augmenter en 2010.
- Exonération des charges patronales pour les vendeurs-colporteurs et porteurs de presse : compensation à la sécurité sociale estimé à 12 M€.
Aides au pluralisme
- Quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires : 9,2 M€.
- Quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces : 1,4 M€.
- Presse hebdomadaire régionale : 1,4 M€.
Aides à la modernisation
- Modernisation sociale de la presse quotidienne d’information politique et générale : 22,7 M€. Le nombre d’allocataires prévus en 2010 s’élève à 350 pour la presse quotidienne nationale et à 1100 pour la presse quotidienne en régions.
- Distribution de la presse quotidienne nationale : 12 M€.
- Modernisation des diffuseurs de presse : 13,3 M€.
- Développement des services de presse en ligne : 20,2 M€.
- Modernisation de la presse quotidienne et assimilée d’information politique et générale : en 2008, 64 projets ont été aidés par le fonds. Le montant moyen des aides s’est élevé à 340 090 €. Total pour 2010 : 25 M€.
> Si l’on additionne ces montants, on obtient 436,9 M€ et non les 419,3 M€ indiqués plus haut. La différence s’explique par le fait qu’une partie de l’aide au transport postal de la presse est prise en charge par un ministère (les finances) autre que celui de la culture.
Un sujet sensible
Les éditeurs ont toujours refusé de publier le montant des subventions qu’ils reçoivent. Le ministère de la culture dit « respecter » ce désir de discrétion, bien qu’il soit plutôt favorable à la transparence de ces chiffres. En effet, selon lui, cette opacité n’est « pas forcément justifiée » et ne pourra pas durer éternellement.
En effet, de nouveaux venus sur le terrain médiatique n’ont pas les mêmes réticences et pourraient faire évoluer les choses. Un certain nombre de pure players sur internet ont souhaité, par exemple, que les aides accordées aux nouveaux services en ligne soient rendues publiques, nominalement. Après discussion entre éditeurs avec le ministère de la culture, la publication de ces chiffres a été actée mais seulement par famille de presse ou nature de projets. Chaque titre est laissé libre de publier ou non ce qu´il reçoit lui-même.
Les fonds distribués étant de l’argent public, le secret ne peut juridiquement pas être opposé aux demandes d’information. C’est ainsi qu’après avoir saisi la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), le site du journalisme digital OWNI s’est procuré des documents inédits. Sur plusieurs pages sont révélées les récipiendaires, la nature des projets financés depuis 2003, ainsi que les comptes rendus des réunions de la commission chargée de distribuer ces fameuses aides à la presse. Le site a ouvert sur ce thème une enquête crowdsourcée (contributive) en faisant appel aux internautes. Vous pouvez retrouver la totalité des documents en leur possession.


[1] L’e-carte génère un numéro utilisable qu’une seule fois.

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