12 décembre 2018

Les Vénézuéliens immigrent en masse au Pérou fuyant leur pays en ruine

Un ami d'enfance, prêtre à Lima au Pérou, expose à ses correspondants français ce qui se passe actuellement dans son pays d'adoption : l'arrivée massive de Vénézuéliens fuyant la dictature de Maduro.
"Je voudrais vous parler d’ un grand déplacement de population qui a atteint le Pérou, après la Colombie. Il s’ agit des Vénézuéliens qui arrivent en masse à Lima. Ils sont partout. Dans les bus à vendre des chaussons aux pommes. Dans  la rue comme vendeurs ambulants. Dans mon quartier il n’ y a plus une seule chambre à louer, les Vénézuéliens ont tout pris . Ils  s’ entassent là à cinq ou six, hommes et femmes. Dorment par terre. Bons catholiques ma paroisse a nettement augmenté en nombre depuis cinq mois… Le Pérou n’avait jamais connu ça, c’ était au contraire dans les années 90 les Péruviens qui émigraient au Venezuela à cause de la violence politique du Sentier Lumineux. Les migrants du Vénézuéla  au Pérou ont franchi la barre du demi million. Et ils continuent d’ arriver : venant de Colombie, ils passent par l’ Equateur et franchissent la frontière à Tumbes, une petite ville frontalière, qui n’ en peut plus. En Colombie ils sont un million 800.000. Les premiers sont apparus chez nous en mars de cette année. Certains jours d’ octobre à Tumbes dix mille par jour passaient la frontière. Le Pérou a trente millions d’ habitants, la France en a le double ; imaginez qu’ en France un million d’ étrangers débarquent en neuf mois. C’ est arrivé vers 1962 avec les Pieds Noirs (français !) qui quittaient l’ Algérie, mais c’ était le temps des trente glorieuses et le choc n’ a pas été trop dramatique
Que s’ est-il passé ? Qui sont-ils ? Pourquoi le Pérou ?

Il s’ est passé qu’ un dictateur a provoqué la banqueroute à Caracas et il s’ accroche au pouvoir. De nom Maduro. Là-bas les étalages sont vides dans les supermarchés et il n’ y pas le minimum de médicaments dans les Hôpitaux. Les salaires sont tombés à quelques dizaines de dollars par mois. Les migrants que nous recevons ne sont pas les plus pauvres, 53% d’ entre eux ont des études supérieures. Je connais José , il est psychiatre et vend du café dans la rue ; Jonathan qui vient prier avec moi tous les matins est professeur  et il lave la vaisselle dans un restaurant. Des jeunes mamans m’ ont dit : on a eu très peur d’ accoucher chez nous, il n’ y a pas le minimum , on a fermé des maternités. Ici on nous a bien traitées. Pourquoi le Pérou ? Si la politique est gangrenée par la corruption, cependant l’ économie ne va pas si mal. Et Vizcarra notre nouveau président a ramené la confiance, qui va s’ exprimer envers sa personne le 9 décembre par référendum ."
Un point commun avec le récent exposé de Stephen Smith : ce ne sont pas les plus pauvres qui partent, ce sont ceux qui croient en leur avenir et qui vont le chercher là où il apparaît possible.


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1 avril 2010

Le Pérou

Un ami d'enfance, prêtre, qui a beaucoup exercé en Afrique et au Pérou où à 67 ans il vient de retourner, donne périodiquement de ses nouvelles par circulaire. L'extrait qui suit est passionnant sur la vie au quotidien dans une ville qui s'appelle Huaycan.

LES MURS DE CONTENTION ET LES “MERES COURAGE

Un des problèmes de Huaycan est l’ hábitat à flanc de montagne. Quand j’ ouvre ma porte – j’ habite seul une petite maison confortable au pied des monts- je suis subjugué par un grand escalier, qui tel l’ èchelle de Jacob, monte jusqu’ au ciel; au bout de 284 marches – j’ ai compté- et tout là-haut il y a encore les petites maisons, typiques, en bois de recup’ juchées sur les sommets. Cet habitat est dangereux, à cause des éboulements, où simplement d’ une pierre qui dévale et qui transperce les chaumières comme si c’ était des boîtes d’ alumettes., sans parler des enfants et des personnes âgées.
C’ est pourquoi le gouvernement du très néoliberal Alan Garcia a instauré les chantiers d’ intérêt public : on établit des paliers horizontaux, qui font office de rues pour la sécurité et la viabilité.. Chantiers de terrassements, qui s’ appuient sur des murs de contention, lequel mur fait deux mètres d’ épaisseur à la base et 60 cm au sommet, Vendredi j’ ai visité une dizaine de chantiers pour saluer mes amis qui me connaissent et les inviter à la Semaine Sainte.
Qui sont les travailleurs? à 90 % des femmes. Les hommes se réservent les emplois nobles de tailleurs de pierre, de maçons et de chefs.. Tout le monde porte un uniforme rouge et une large ceinture noire obligatoire pour soutenir les abdominaux, comme les sportifs haltérophiles. On travaille à la manière de “nos ancêtres les incas”, c’ est-à-dire que l’ outillage est identique à celui du quinzième siècle. Je n’ ai pas vu de brouettes (les incas n’ avaient pas inventé la roue !), mais tout est transporté dans les “mantas” (*1), des toiles fortes pour porter les pierres, la terre et le sable.. J’ ai vu dix femmes soulever une pierre de 80 kilos dans la manta. Les seuls outils sont les pelles, les pioches et les barres à mine.. C’ est une chaîne humaine qui apporte les seaux de béton, les pierres et les sacs de sable ou de terre. Huit heures par jour, cinq jours par semaine, le salaire payé à la semaine est de 80 soles, 336 sole par mois ( = 84 €), alors que le salaire mínimum d’ un ouvrier d’ usine est de 600 soles par mois, près du double.
Une femme très jeune, avec son parler franc, que j’ aurais plutôt vu à l’ université, me fait : “Padrecito, tu as sous les yeux les esclaves des temps modernes”: Les autres pouffent de rire, elles disent :.”c’ est une rebelle, elle a le diable au corps”
J’ ai une vive conscience d’ être le pasteur de ces “mères courage”, même si en visitant les chantiers je me sens un peu ridicule, car je n’ aurais pas la force de travailler ainsi sous le soleil par 28 degrés à l’ ombre, J’ espére avoir l’ occasion de rencontrer celle que les autres appellent la rebelle pour lui dire que Jésus a proclamé “bienheureux” ceux et celles qui avaient faim et soif de justice..
......
(*1)´la manta péruvienne est une toile de coton aux couleurs chatoyantes pour porter le bébé dans le dos::: la femme porte l’ enfant; curieux progrès qui lui fait porter des cailloux !

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