22 mai 2018

Mai 68 vu de loin

J'avais 26 ans, j'étais à Brazzaville en République populaire du Congo, où j'effectuais mon service national depuis 20 mois - en remplacement du service militaire - sans être rentré en France, et bien loin des évènements du mois de mai 68. Lecteur régulier du Monde, celui-ci comme le courrier, n'arrivait pas. Seule la radio France Inter ou Paris Inter, étroitement contrôlée par le pouvoir, distillait peu d'informations pour ne pas affoler "l'outre-mer". Très concrètement nous poursuivions nos missions de coopérants : contrôles fiscaux, cours de fiscalité à l'ENA locale pour moi, sans oublier de nous maintenir en forme à la piscine ou sur les cours de tennis en terre battue au bord du fleuve Congo, et la nuit congolaise qui commençait à 18 h 30- 19 h. Nous étions jeunes, impatients de vivre et de découvrir le monde. Le Mai 68 en France était vu comme une perturbation lointaine qui nous isolait un peu plus, et qui, comme la météo, devait passer.
Il y a cependant une certitude que j'avais en tête depuis dix ans, depuis mes quatre années d'internat au lycée Clemenceau de Nantes de 1958 à 1962, c'est que ce système "d'internement" quasiment identique depuis plus d'un siècle, allait exploser à plus ou moins brève échéance. On à peine à imaginer ce qu'était dans ces années 50-60 la vie de pensionnaire. J'ai déjà eu l'occasion de parler de cette communauté particulière des "blouses grises", de ces lycéens la plupart boursiers venant des campagnes, fils d'ouvriers ou de paysans pour beaucoup. L'internat était vraiment un internement. Sorties contrôlées le jeudi après-midi, le dimanche de 9 h 30 à 17 h sauf tous les 15 jours où le retour à la maison était possible le samedi mais retour le dimanche soir. Tous ces "privilèges" étant soumis aux humeurs des pions ou surveillants dont la bienveillance n'était pas toujours la qualité dominante.
Autres exemples: aucun local de détente, c'était ou la cour quelque soit la saison, ou les salles d'études. Les journaux  et la radio étaient interdits. Suivre les évènements de mai 58 était un exploit. Voulant préparer une école de journalisme, j'avais mis au point avec quelques collègues et la complicité de camarades externes, un circuit d'achat de quotidiens nationaux ( du Figaro à Paris-Jour ou le Monde) ou d'hebdomadaires comme l'Express de JJSS ( souvent censuré !).
Bref nous vivions dans un système archaïque, pesant, hors du temps, qui avait toutefois l'avantage de nous donner un enseignement de grande qualité ( à quelques exceptions) et le fameux bac à l'échéance.
Au total, le mai 68 des étudiants était pour moi à l'ordre du jour dix ans plus tôt. Mais l'essentiel était qu'il se produise.

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28 avril 2014

Centenaire d'une Ecole

C'est une école privée du vignoble à Gorges qui s'appelle l'Ecole Pie X, créée en 1914 à l'initiative d'une Demoiselle Du Doré-Graslin - grande famille nantaise* - qui possédait à l'époque le château de l'Oiselinière ( dont le parc a été acheté récemment par le département ). C'était samedi 26 avril le centenaire de cette école (1) " à l'ancienne" où j'ai appris à lire et à écrire dans les années 47-55, avant de passer aux " Cours Complémentaires" de Clisson et accéder, par l'examen des bourses, au lycée Clémenceau à Nantes.
L'occasion de ressortir de vieux livres d'école, qui faisaient au moins deux générations et que je garde précieusement. Un livre d'Histoire de France, passionnant pour la lecture de l'Histoire qu'il permet. En fonction de l'évolution politique, la lecture des évènements évoluait. Certains paragraphes étaient rayés ( censurés ?), des compléments étaient ajoutés à la plume et à l'encre violette : tout ce qui touchait à l'Ancien Régime, la Révolution, l'Eglise, était sensible..cf.pages scannées.
L'autre livre mieux conservé, était consacré aux Lectures Morales qui ouvraient chaque journée d'école. C'était direct, simple et à bien des égards conforme à la tradition des hussards de la République, chers à Jules Ferry.
(1) Une journée magnifiquement organisée par des Anciens mais aussi les parents d'élèves d'aujourd'hui et les enfants qui ont participé à l'animation et fait le service du déjeuner.

* Je pense que la rue de Gorges à Nantes qui relie la place Royale à la place du Commerce - l'une des plus centrale ! - doit son nom à cette famille Du Doré-Graslin, qui la prenait pour venir en villégiature à l'Oiselinière à Gorges. J'attends la confirmation d'un historien local...



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2 décembre 2009

" Vous êtes formidables ! "

Il y a 50 ans, la rupture du barrage de Malpasset au-dessus de Fréjus, a provoqué une catastrophe naturelle, avec des centaines de morts, et un extraordinaire mouvement de solidarité. Europe n°1 à l'époque avait lancé à travers son émission " Vous êtes formidables !" un appel à la générosité publique. Je me souviens, interne au lycée Clemenceau à Nantes - bien que n'ayant pas le droit d'écouter la radio - avoir relayé cet appel avec un autre interne ( ...Pinel ). Presque tous les lycéens internes de terminale avaient participés, pour une somme totale qui n'était peut-être pas considérable, mais le geste y était, et les petits ruisseaux...
Pour la première fois je crois, la radio montrait sa capacité mobilisatrice : Yes, we can !

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19 février 2008

Mourir dans la cour du lycée Clemenceau de Nantes

( Contribution à l'occasion du 200è anniversaire du lycée )


C’était la récréation de midi dans la grande cour côté Jardin des plantes, par une belle journée de printemps 1958 ou 1959. Des travaux d’entretien ou de construction étaient en cours, et plusieurs camions y participaient au milieu des lycéens. Pour ces camions avec moteurs avancés, et il fallait périodiquement maintenir un niveau d’eau suffisant dans le radiateur afin d’éviter la surchauffe. Ce que l’un des chauffeurs était en train de faire, après avoir rempli une bouteille au robinet près du blockhaus. Pour cette opération, il était face au moteur de son camion.

A ce moment, l’un de ses collègues qui, avec son véhicule comportant une benne arrière, effectuait une manœuvre de recul, est venu – évidemment sans le voir – percuter le premier camion, et par la même compresser le malheureux chauffeur contre son moteur. ( Je ne fus pas témoin direct de la collision, mais me trouvais à proximité, et constatais immédiatement le déplacement de plusieurs mètres du premier camion sous la violence du choc). Un attroupement se forma autour de la victime à terre – je répugnais à ce voyeurisme - et les secours intervinrent rapidement. Hélas, la masse des véhicules était telle, les lésions thoraciques forcément importantes et les chances de survie ne pouvaient qu’être infimes. Il décéda peu de temps après. La presse locale – La Résistance de l’Ouest – s’en fît l’écho.

Ce qui me choqua à propos de ce drame, c’est que l’institution resta muette vis à vis des lycéens, en dehors d’un appel du surveillant général, pour connaître les témoins directs, sans doute pour les besoins de l’enquête.

Fils d’un chauffeur dans une carrière, je m’étais senti très proche de cet ouvrier, mort au travail, et de sa famille. Seul l’aumônier catholique, présent dans le lycée, invita ceux qui fréquentaient la chapelle à se recueillir à sa mémoire.

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