9 janvier 2020

Myriam Revault d'Allonnes invitée de l'OMUP


Myriam REVAULT D’ALLONNES invitée de l’Observatoire des médias de l’université permanente le vendredi 10 janvier 2020 à 14 h  30. Elle interviendra sur le thème : La vérité en sursis : un danger pour les démocraties ?
Myriam REVAULT D’ALLONNES est une philosophe française, professeur émérite des universités à l’Ecole pratique des hautes études. Elle est également chercheuse associée au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Elle a enseigné à l’Ecole doctorante de Sciences Po Paris et a dirigé de 2006 à 2013 la collection de philosophie pour enfants « Chouette ! Penser » aux éditions Gallimard-jeunesse.

Spécialiste d’Hannah Arendt et de Paul Ricoeur, Myriam Revault d’Allonnes a consacré ses ouvrages à la crise de la vie démocratique, avec notamment  « Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie » (2010) et « Le Miroir et la Scène » (2016). Elle a publié fin 2018 « La faiblesse du vrai » aux éditions du Seuil.
Partant de la notion de « post-vérité » désignée comme mot de l’année par le dictionnaire d’Oxford et qui a suscité beaucoup de commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fakes news, elle constate que le phénomène a peu suscité de réflexion de fond. Les fakes news existent mais il ne suffit pas de leur opposer des faits vérifiés. Le débat démocratique ne se nourrit pas seulement des faits vérifiables, mais aussi de fictions. Le métier de journaliste consiste aussi à rendre compte des imaginaires politiques où les faits prennent un sens. Un PIB ne dit rien du type de société que nous voulons. Mais toutes les fictions ne se valent pas. Elles peuvent conduire à l’émancipation ou mettre en scène la servitude. L’irruption de la « post-vérité » met en question la possibilité même d’un monde commun.
Vendredi 10 janvier 2020  41 Bd de la Prairie aux Ducs - Nantes  De 14 h 30 à 16 h
Accès 8 € pour les personnes non abonnées à l’Observatoire des médias de l’université permanente (033300) et à l’Atelier des médias (033301), dans la limite des places disponibles.
Présentation : Patrice Saint André, Jean-Claude Charrier

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14 février 2018

Le désenchantement de l'internet - Romain Badouard

Passionnante, convaincante et d'une grand clarté, telle a été la conférence débat de Romain Badouard vendredi dernier devant l'OMUP et environ 300 personnes. Maitre de conférence à l'université de Cergy Pontoise, il est, dans la nouvelle génération  avec Gérald Bronner et Dominique Cardon, un des meilleurs observateurs des évolutions d'internet. Son dernier livre Le désenchantement de l'internet, Désinformation, rumeur et propagande ( Ed. FYP Limoges) est un excellent outil pour comprendre ce qui se joue sur internet.

 Romain Badouard retient sept points pour expliquer comment internet transforme et met en péril la démocratie.
1 - Nous vivons la fin des gatekeepers c'est à dire des gardiens de l'information qu'étaient les journalistes qui contrôlaient le droit de s'exprimer. Aujourd'hui le filtrage se fait par les algorithmes. C'est un contrôle éditorial à postériori.
2 - La parole d'autorité liée au statut, à l'expertise, est mise en cause. Ce qui compte c'est la "popularité" , le nombre de liens sur les réseaux sociaux. Les discussions  doivent se faire d'égal à égal.
3 - La frontière entre vie publique et vie privée disparaît. C'est une constatation que nous pouvons faire chaque jour dans la société et les médias cf " Balance ton  porc".
4 - La dimension identitaire. Ce que nous partageons, nous donne une identité numérique qui nous intègre dans un groupe qui nous ressemble. La dimension identitaire est particulièrement grande dans la diffusion des fakes news ( fausses nouvelles).
5 - La démocratie " push button" . "La démocratie des paresseux"  où de son fauteuil par un clic, on signe des pétitions. C'est aussi un moyen politique pour ceux qui ne maitrisent pas l'écrit ou la parole. A l'exemple du printemps en Tunisie, où le push button  a été un outil central de mobilisation.
6 - L'enfermement idéologique de l'internet. Internet incite à " se conforter dans son opinion plutôt que se confronter". Google met en place des bulles de filtrage qui renforcent les points de vue de l'internaute et ignorent d'autres aspects. Les algorithmes proposent en fonction des recherches antérieures. Exemples : les aveux de cécité de grands éditorialistes anglo-saxons face au Brexit et à la montée de Trump. C'est le règne de la post vérité où il est donné plus d'importance aux émotions et aux opinions qu'à la réalité des faits.
7 - La privatisation de l'internet. La censure ou le contrôle sont plus compliqués s'agissant de contrôle à postériori. Les grands opérateurs sont dans une idéologie LiLi ( libérale libertaire) qui va à l'encontre des contraintes d'ordre public. Toutefois face à la désinformation, aux fake news, aux rumeurs envahissantes, et à la crise démocratique, une prise de conscience des GAFAN ( google, amazon, facebook, apple, netfix) est en cours. Mais les méthodes et objectifs restent opaques.

Romain Badouard propose de reprendre possession de l'internet. L'éducation doit y occuper une grande place.                                                                            

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