27 avril 2018

Macron, Pleynel, Bourdin, réquisitoire et autocritique

Dans sa chronique hebdomadaire de La Croix (22.04.18), Bruno Frappat qui ne manque pas d'expérience journalistique,  est impitoyable à l'égard de ses deux confrères interwieveurs du Président de la République le dimanche 15 avril. Il en tire aussi une leçon de journalisme adaptée à notre époque. Extraits.



Le journalisme est un métier dévoyé par les maléfices de la télévision. Il ne s’agit plus de mettre en avant le réel mais de se faire voir soi-même, « Voyez mes ailes » dans une compétition de l’ego (« J’ai été bon? ») qui n’épargne que peu de vedettes de l’écran, de ces gens qu’on reconnaît dans la rue et n’en sont pas peu fiers même s’ils affectent d’en être lassés. Montrer sa bobine ne suffit pas, il faut se forger un personnage typé, bien installé dans une posture et campé, à coups de « talk-shows », dans le décorum de la culture audiovisuelle. Bourdin, c’est son métier et même son charisme, il est l’homme intraitable de la petite aube qui met sur le gril ses interlocuteurs sans ménagements avant de partager café et viennoiseries avec eux. Il est du genre qui ne s’en laisse pas conter, de ceux à qui « on ne la fait pas, ah mais! » Il est plutôt courtois à l’ordinaire. Mais, ce soir-là, il s’était mué en agresseur donneur de leçons, bretteur méchant accusant quasiment le chef de l’État de mensonge éhonté. Bourdin sorti de ses gonds était plus grimaçant que nature. Quant à Plenel, plus narquois que jamais derrière ses regards dissimulés, il méditait ses coups tordus avec la gentillesse d’un bolchevik envisageant la présence d’un social-traître dans le studio. Ce« trotskiste culturel », comme il aime à se définir lui-même, se voyait agent de l’histoire en train de se faire et défenseur non pas seulement de la veuve et de l’orphelin mais de l’humanité entière au nom d’une vertu intraitable qui sentait son Robespierre numérique. Il était comme dressé seul face aux atrocités des riches et des puissants.



N’est-ce pas que ces deux-là, ce soir-là, ont joué ensemble à caricaturer tout ce que nous avons, chacun dans notre registre et à notre place, considéré comme le sel de notre activité? N’as-tu pas, éditorialiste, passé ta vie à trancher de tout et de rien, y compris de choses auxquelles tu ne connaissais ni mie ni miette? N’as-tu pas, chroniqueur, répandu sur la terre entière tes présupposés, tes à-peu-près, tes mensonges même, sans te tenir modestement au plus près des vérités des autres? N’as-tu pas été toi aussi imposteur pour d’autres, irrespectueux comme les deux énergumènes qui, dimanche, ont déshonoré le métier? N’as-tu jamais péché par prétention, mauvaise foi ou excroissance de ton ego, vaine gloriole et abus de position?
Si cette émission n’a servi qu’à pousser les journalistes à s’interroger sur le sens de leur métier et les limites de leur potentat, elle n’aura pas été seulement une caricature de démocratie mais une pédagogie utile pour les confrères de demain. On leur souhaite de se faire projeter dans les écoles de journalisme cette funeste séquence pour qu’ils sachent ce qu’il ne faut pas faire si l’on veut s’attirer un minimum de respect et de considération.
Bruno Frappat ( La Croix 22.04.2018)


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3 mars 2012

Anne Nivat grand reporter indépendante






L'invitée de l'Observatoire des médias le 2 mars Anne Nivat, grand reporter de guerre indépendante, écrivaine, qui s'immerge dans les populations des pays de conflits pour mieux les connaître. Elle a maintenu son voyage à Nantes en dépit d'une expulsion de Russie, et après un nouveau visa, un départ dès samedi matin pour Moscow afin de couvrir les élections présidentielles russes.
Le communiqué + les photos du 2 mars avant les commentaires à suivre. Disons tout de suite qu'Anne Nivat a subjugé son auditoire par son tempérament, son honnêteté intellectuelle, et la qualité des informations rapportées.

Le communiqué :
L’Observatoire des médias de l’Université permanente de Nantes reçoit Anne Nivat, Prix Albert-Londres, grand reporter, reporter de guerre et écrivaine.

« Quels risques pour quelle info ou l’éloge de la lenteur » tel est le sujet de la prochaine conférence organisée par l’Observatoire des médias de l’Université permanente de Nantes, vendredi 2 mars de 14h30 à 16h au CCO, place Bretagne à Nantes.
L’invitée, Anne Nivat née en 1969, docteur en Sciences Politiques, grand reporter, s’est spécialisée depuis dix ans dans les zones sensibles (Tchétchénie, Irak, Afghanistan… ). Elle revendique le « droit à la lenteur » et rend compte des conflits en s’immergeant dans la population locale pour mieux témoigner de la complexité des situations des pays en crise.
Dans son dernier ouvrage publié en 2011, Les brouillards de la guerre, Dernière mission en Afghanistan Editions Fayard, à travers le double quotidien des forces armées et de la population, elle montre combien la réalité ambiguë du terrain efface parfois les efforts militaires et humanitaires des Occidentaux confrontés à un ennemi invisible.

En 2000, elle a obtenu le prix Albert Londres pour son premier livre Chienne de guerre : une femme reporter en Tchétchénie, écrit après un séjour clandestin en Tchétchénie. En 2004, elle obtient le prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot pour Lendemains de guerre en Afghanistan et en Irak récit de plusieurs mois passés dans ces deux pays.
Elle a également publié Algérienne en collaboration avec Louisette Ighilahriz, Islamistes : comment ils nous voient, La Maison haute : des Russes d'aujourd'hui, Bagdad zone rouge.

Elle a été correspondante pour des titres de presse française tels que Libération, Ouest France, Le Soir, Le Point, la radio RMC… mais collabore également avec des journaux anglo-saxons : l’International Herald Tribune, le New York Times ou encore le Washington Post. Elle contribue à la revue de reportages Feuilletons et participe à l’émission AgÔra sur France Ô.
Elle vient de se faire expulser de Russie où, à la veille des élections présidentielles, elle enquêtait auprès de la population civile.
Elle est la fille de Georges Nivat, historien, et l'épouse du journaliste Jean-Jacques Bourdin

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