16 juillet 2019

De Rugy: le suivisme des grands médias

Il était un temps dans les années 2 000 où le gouvernement avait mis en place une jurisprudence au regard des mises en cause de ministre. Un ministre démissionnait s'il était mis en examen dans le cadre d'une procédure judiciaire. Il fallait donc que la justice ait été saisie et après instruction et enquête, qu'elle décide que la personne en cause devait être  déférée devant un tribunal.
 Les choses ont bien changé. Avec la démission de François de Rugy, ce sont les journalistes de Médiapart qui mènent l'enquête à charge. Et ces "révélations" sont reprises avec une touchante unanimité et un suivisme spectaculaire par tous les grands médias audiovisuels, tant le magistère d'Edwy Plenel sur ses confrères est considéré comme infaillible. Pas de contre-enquête. L'avis de l'intéressé est forcément discrédité. Les grands médias si prompts à donner  des leçons de morale, ont  un feuilleton qui fait de l'audience pour plusieurs jours. Avec le sentiment d'être du côté du Bien. Tant pis pour la déontologie. 

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27 avril 2018

Macron, Pleynel, Bourdin, réquisitoire et autocritique

Dans sa chronique hebdomadaire de La Croix (22.04.18), Bruno Frappat qui ne manque pas d'expérience journalistique,  est impitoyable à l'égard de ses deux confrères interwieveurs du Président de la République le dimanche 15 avril. Il en tire aussi une leçon de journalisme adaptée à notre époque. Extraits.



Le journalisme est un métier dévoyé par les maléfices de la télévision. Il ne s’agit plus de mettre en avant le réel mais de se faire voir soi-même, « Voyez mes ailes » dans une compétition de l’ego (« J’ai été bon? ») qui n’épargne que peu de vedettes de l’écran, de ces gens qu’on reconnaît dans la rue et n’en sont pas peu fiers même s’ils affectent d’en être lassés. Montrer sa bobine ne suffit pas, il faut se forger un personnage typé, bien installé dans une posture et campé, à coups de « talk-shows », dans le décorum de la culture audiovisuelle. Bourdin, c’est son métier et même son charisme, il est l’homme intraitable de la petite aube qui met sur le gril ses interlocuteurs sans ménagements avant de partager café et viennoiseries avec eux. Il est du genre qui ne s’en laisse pas conter, de ceux à qui « on ne la fait pas, ah mais! » Il est plutôt courtois à l’ordinaire. Mais, ce soir-là, il s’était mué en agresseur donneur de leçons, bretteur méchant accusant quasiment le chef de l’État de mensonge éhonté. Bourdin sorti de ses gonds était plus grimaçant que nature. Quant à Plenel, plus narquois que jamais derrière ses regards dissimulés, il méditait ses coups tordus avec la gentillesse d’un bolchevik envisageant la présence d’un social-traître dans le studio. Ce« trotskiste culturel », comme il aime à se définir lui-même, se voyait agent de l’histoire en train de se faire et défenseur non pas seulement de la veuve et de l’orphelin mais de l’humanité entière au nom d’une vertu intraitable qui sentait son Robespierre numérique. Il était comme dressé seul face aux atrocités des riches et des puissants.



N’est-ce pas que ces deux-là, ce soir-là, ont joué ensemble à caricaturer tout ce que nous avons, chacun dans notre registre et à notre place, considéré comme le sel de notre activité? N’as-tu pas, éditorialiste, passé ta vie à trancher de tout et de rien, y compris de choses auxquelles tu ne connaissais ni mie ni miette? N’as-tu pas, chroniqueur, répandu sur la terre entière tes présupposés, tes à-peu-près, tes mensonges même, sans te tenir modestement au plus près des vérités des autres? N’as-tu pas été toi aussi imposteur pour d’autres, irrespectueux comme les deux énergumènes qui, dimanche, ont déshonoré le métier? N’as-tu jamais péché par prétention, mauvaise foi ou excroissance de ton ego, vaine gloriole et abus de position?
Si cette émission n’a servi qu’à pousser les journalistes à s’interroger sur le sens de leur métier et les limites de leur potentat, elle n’aura pas été seulement une caricature de démocratie mais une pédagogie utile pour les confrères de demain. On leur souhaite de se faire projeter dans les écoles de journalisme cette funeste séquence pour qu’ils sachent ce qu’il ne faut pas faire si l’on veut s’attirer un minimum de respect et de considération.
Bruno Frappat ( La Croix 22.04.2018)


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1 août 2014

70 ans du Monde : un coup de vieux !

Belle série du Monde pendant cette période estivale avec douze articles de Raphaële Bacqué et Ariane Chemin ( de loin la meilleure) revenant sur douze temps forts du journal. L'occasion de mettre en lumière les personnalités ( Hubert Beuve-Méry, Pierre Vianson-Ponté, Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel...), les engagements et fourvoiements du journal, les pressions des politiques, etc.
Je retiens trois éléments : L'aveuglement du Monde en 1975 lorsque après la victoire des khmers rouge au Cambodge, le correspondant du Monde dans la région, Patrice de Beer, et le journal lui-même, aveuglés par le mythe révolutionnaire ont mis de longs mois, voire des années, avant de reconnaitre les multiples crimes et le caractère génocidaire du régime de Pol Pot. Le journal préférait s'en tenir à la propagande officielle plutôt que donner crédit aux multiples témoignages des réfugiés...
Deuxième article passionnant et éclairant sur Mitterrand et Le Monde " Claude Sarraute fait craquer Mitterrand" . C'était en 1984 quand la chroniqueuse jouant les pipelettes et "asticotant les politiques" relatait à sa manière la visite officielle d'Omar Bongo à Paris, parlant du masque romain du président appelé incidemment" Mittolini", et faisant allusion à sa vie cachée et bien organisée. Notamment dans la chute du billet de Claude Sarraulte " quand il s'agit de préserver sa vie privée à lui .....il trouve les moyens d'empêcher la parution de journaux, de bouqins qui risqueraient de le faire dégringoler de son piédestal". 
La chronique aurait mis Mitterrand en fureur et l'aurait décidé à "avoir la peau" de André Laurens le directeur du journal. Ce qui fut fait quelques mois plus tard grâce au concours du directeur de la BNP, fidèle du président, qui coupait les vivres du journal...
Enfin, la séquence "La face cachée du Monde" le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen paru en 2003, qui a fait l'objet d'un véritable séisme dans la rédaction du journal et qui a conduit à la disparition, à la tête du Monde , du trio Alain Minc, Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel. Ce livre a ouvert les yeux, et explicité des travers nombreux dans l'orientation, le fonctionnement du journal sous l'influence d'Edwy Plenel.

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8 décembre 2012

Edwy Plenel et la démocratie

« La démocratie et son écosystème » était le thème de la conférence d’Edwy Plenel directeur et fondateur de Médiapart , jeudi 6 décembre dans le cadre de l’université permanente. L’amphi Kernéïs était plein ( au moins cinq cents personnes).
Premier constat : Edwy Plenel n’a pas changé. Orateur brillant, sûr de lui, très engagé, sa venue au moment où Médiapart vient de mettre en cause Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, pour la détention d’un compte en Suisse, l’a évidemment conduit à quelques commentaires. Pour dire par exemple que Médiapart a décidé cet été de s’intéresser au ministre socialiste, quand ce dernier a entériné l’évaluation de l’hippodrome de Compiègne, à partir d’une expertise « amie » qui confirmait la position du ministre du budget de l’époque Eric Woerth, mis en examen dans l’affaire Bettencourt . Le gouvernement n’a donc pas poursuivi ce dossier. Cette décision de « complaisance » aux yeux d’Edwy Plenel rendait J. Cahuzac suspect. Reprenant une formule que nous utilisions dans les services d’enquêtes fiscales « Pour trouver, il faut être convaincu qu’il y a quelque chose à trouver ». D’où l’enquête et les révélations.
Edwy Plenel endosse volontiers le costume du chevalier blanc de la presse, où pour le citer, du « petit poisson » dans « Une mer polluée – qu’il faut dépolluer – et où pullulent les gros requins». Il est donc clair que pour lui, l’information qui dérange est primordiale. Il a donc été beaucoup question de la presse qui est finalement l’écosystème de la démocratie.
En ce qui concerne la démocratie, E.P. a peu d’attirance pour la démocratie représentative, pourtant référence permanente des socialistes, qu’il analyse dans ce cas, comme « une crispation ». La démocratie qu’il aime et qu’il souhaite est celle du peuple, « La dynamique populaire » qui progresse par le « Désordre démocratique nécessaire ». Le peuple est cité à profusion et Edwy Plenel veut le « mettre en mouvement ». D’où la fascination pour toutes les contestations même menées par des groupes ultra minoritaires. L’ancien rédac. Chef du Monde n’a pas oublié sa jeunesse trotskiste et son propos à une tonalité très Besancenot.
Bien que Notre Dame des Landes n’est été cité que de façon incidente, on ne s’étonnera pas que Médiapart soit fortement du côté des contestataires les plus radicaux. Ce qui a conduit une ancien collègue de l’Atelier des médias rencontré à l’issue de la conférence, qui était à l’époque, un fervent supporter de Médiapart, a s’interroger sur son média favori : ancien cadre de la fonction publique à Nantes, il connait bien ce dossier et son sérieux, et est très ébranlé par la campagne totalement à sens unique de Médiapart.
En dépit de propos intéressants sur Anna Arendt sur la notion de « vérité de fait » (dans Vérité et Politique), et sur l’effet positif pour l’information de la révolution numérique, j’ai trouvé sa prestation trop autocentré sur ses mérites et trop dominée par le manichéisme politique.

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19 avril 2012

Marianne et Sarkozy : 0% !

Dans un souci louable de transparence, l'hebdo Marianne a demandé à ses journalistes de dire de quel candidat, ils se sentaient le plus proche ( le vote étant secret).
Pas vraiment de surprises :
Hollande : 40 %
Mélenchon : 31,7 %
Bayrou et Eva Joly : 8 %
Si ce n'est, Sarkozy 0 % ! comme une certaine forme de terrorisme intellectuel !
Même pas une petite voix pour esquisser une forme de contre pouvoir interne. Qu'en pense Jean-François Khan ?
Je suis un peu triste pour Jacques Julliard qui dirige cette rédaction et avec qui j'ai longtemps partagé les valeurs rocardiennes de tolérance et de la sociale démocratie. On est un peu dans le débat à la tronçonneuse...

L'initiative est néammoins louable et tous les grands médias devraient jouer cette transparence. Avec le risque de ne pas apparaître aussi pluralistes qu'ils l'affirment. Je me souviens de mon étonnement( naïf !) devant le résultat d'une même enquête dans la rédaction du Monde - dirigé à l'époque par Edwy Plénel - qui donnait Olivier Besancenot très nettement en tête devant Lionel Jospin je crois. Il est vrai que depuis je ne lis pas Le Monde avec tout à fait le même regard.

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