3 septembre 2020

Pétition Sauvez nos arbres à Vertou : 2 500 bientôt ? Réflexions

La pétition contre l'abattage de 16 beaux arbres à la Chaussée des moines à Vertou se fixe l'objectif de 2 500 signatures. Les 2 000 signatures sont pratiquement acquises. Une mobilisation qui souligne l'émotion suscitée par cette partie du projet de rénovation et d'aménagement de ce secteur.
Cette mobilisation est d'abord citoyenne dans le sens plein du terme.
Ce sont les riverains qui ont alertés leurs amis et connaissances lorsque les affiches prévoyant ces travaux ont été placardées sur le site. Pour la première fois  " L'abattage des arbres" a été explicité. Voilà un travers de notre démocratie. Ce projet arrive sur le terrain après des années de consultation, concertation et débats dans les instances décisionnelles ( Nantes métropole, Département et Conseil Municipal de Vertou) et apparemment il n'a jamais été dit explicitement qu'il faudrait détruire un élément déterminant du paysage. J'ai sous les yeux le "Journal de chantier n° 1. Il est question de "renforcer les quais.."restaurer les perrés de part et d'autre de l'écluse..."reprendre les berges sur une longueur d'environ 100 mètres en aval de l'ancienne cale..." Si, il est quand même question des arbres " Abattage des marronniers et chênes des marais (fouilles archéologiques) mais le nombre des arbres condamnés n'est pas chiffré et quid des fouilles archéologiques ? : c'est le motif des abattages ? on voudrait avoir des explications. En revanche la "Démolition de l'appentis de la maison de l'éclusier et des WC" est explicite ! Voilà bien l'illustration du propos d'Albert Camus " Mal nommer les choses c'est participer au malheur du monde". C'est une volonté de masquer sous des formules allusives, floues ou incertaines la dure réalité susceptible de déplaire ou de choquer. La volonté  des décideurs et des technos est sans conteste dans ce sens. Dans ma formation judéo-chrétienne il était question de mensonge par omission ...
Les élus de tous bords qui ont voté ces travaux - et qui peut être aujourd'hui signent la pétition ? - ne devaient -ils pas, de leur côté,  être plus curieux ? La question de l'abattage des arbres a-t-elle été posée au cours de débats des trois collectivités qui participent à ce projet ? Si ce n'est pas le cas, chers élus, il faudrait être plus curieux surtout sur des sujets aussi sensibles.
Et comme nous sommes dans le pays de la Loi, il faudra sans doute exiger plus de transparence sur le contenu exact des dégâts environnementaux des projets.

Libellés : , , , ,

9 mai 2020

Tout à une fin...

Tout à une fin,  même le confinement, même si on peut penser que la période qui va s'ouvrir sera peine d'imprévus et de surprises.
J'avais écrit en légende de la  photo prise au début de cette période ( en ayant bien conscience de l'avantage comparatif de la situation) :
" Bonne idée d'avoir construit ce tipi avec les petits enfants lors des dernières vacances de février, un refuge de confinement et une saine ascèse en relisant La peste d'Albert Camus"

Cette relecture est pleine d'enseignements et pertinente au regard de la période que nous connaissons. Le dernier paragraphe du livre ne peut laisser indifférent. Heureusement le pire n'est jamais sûr et nous sommes loin de la peste.








Libellés : , , , ,

9 août 2017

Mieux vaut Neymar que Drahi...



Mieux vaut Neymar que Drahi : les leçons de morale ça suffît !
Par Régis de Castelnau dans Causeur 7 août 2017

Avec l’arrivée de Neymar au PSG, on vient de vivre une jolie séquence de mépris de classe et d’aversion sociale. Chez les CSP plus ou moins plus, ce ne fut qu’une clameur : « Ces cons de prolos qui aiment le foot! Bandes d’abrutis! »
Dans un premier temps, ce furent les cris d’orfraie à propos des sommes en jeu dans ce transfert, puis les crachats sur ceux qui se réjouissaient ou qui faisaient la queue pour acheter son maillot.
Tiens, à propos de maillot, une petite histoire qui se passe dans le monde du rugby, mais qui en dit long. Et qui servira d’introduction.
C’est l’histoire d’un enfant lourdement handicapé en fauteuil roulant que son père accompagne au stade pour une rencontre de coupe d’Europe. Celui-ci avise le président du club qui reçoit et lui demande l’autorisation de faire un saut dans le vestiaire avant le match pour que son fils y voie son idole, l’Irlandais Sexton. Aussitôt dit aussitôt fait, la chaise roulante parcourt les couloirs et rentre dans le vestiaire. Au moment où Sexton s’approche, le gamin, les yeux brillants, écarte brusquement son blouson pour faire apparaître le maillot floqué au nom de son héros. Celui-ci gorge nouée, yeux embués, et mains tremblantes l’embrasse et lui promet le maillot qu’il porte pour la fin du match. Dans ce vestiaire plein de colosses sentant l’embrocation, on n’entend plus que des reniflements.
Il n’y a qu’un seul Neymar
Et c’est exactement la même chose dans le foot. Il suffit d’écouter Blaise Matuidi. Parce que oui, on l’aime le « passing game ». Le jeu du peuple, de tous les peuples. Et ceux qui y jouent et nous donnent ce plaisir, on les aime aussi. Et tant mieux s’ils gagnent du fric. Eux ne le volent pas. Il y a UN Neymar dans le monde, UN. Qui a bossé comme un chien pour y arriver. Comme il n’y avait qu’UN Zidane. Et des centaines de millions de gens qui les admirent (à juste titre). Même si on sait et le déplore, le rôle du big business qui se gave autour d’eux.
Mais personne ne semble choqué par la fortune d’un Drahi prédateur qui ne crée aucune valeur et s’est contenté de racheter les entreprises des autres avec l’aide de Macron. Il est pourtant 100 fois plus riche que Neymar. Personne ne s’offusque des Yachts à 200 millions d’€ pièce alignés par dizaines à Saint Tropez et par centaines à Monaco. Mais un gosse des quartiers qui sort du rang, c’est insupportable.
En général, les footeux ne se renient pas
Un grand joueur de football c’est une entreprise économique. Ils gagnent beaucoup d’argent mais ceux qui les emploient encore plus. Et ils font des sacrifices, renoncent à leur jeunesse, travaillent, et travaillent encore dans un système où il y a tant d’appelés et tellement peu d’élus. Quand ils deviennent riches, ils en font profiter la famille, le village, la ville. Parce que les footeux ne se renient pas en général.
Alors pourquoi tant d’amour pour ce jeu où on ne peut même pas mettre les mains?
« Le football est universel parce que la bêtise est universelle » disait Jorge Luis Borges, modèle d’arrogance intellectuelle qui se prenait très au sérieux. Mais là il y va quand même un peu fort. Ce qui apporte un peu d’eau à son moulin, c’est que la littérature entretient peu de rapports avec le foot. Pourquoi le football n’est-il pas lui aussi une « province naturelle de la littérature » comme le vélo ? Mystère. Pourtant, beaucoup d’écrivains l’ont aimé, voire  adoré. Beaucoup d’intellectuels aussi. Tous en ont parlé, plus pour se justifier de leur passion que pour l’expliquer. Souvent pour ne pas dire grand-chose. Comme Albert Camus: «Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités ». Précédé par Antonio Gramsci qui vante le « royaume de la loyauté humaine exercée au grand air ».
Neymar, madeleine de Proust des enfants d’aujourd’hui
Les passionnés qui ont pratiqué (j’ai eu cette maladie, qui s’est révélée incurable) se demandent ce qu’ils pourraient bien dire. Pasolini, qui y voyait « un phénomène de civilisation tellement important », a réglé le problème en expliquant que ce sport n’avait pas besoin de mots, son langage se suffisant à lui-même et à ceux qui le comprennent. Pirouette confortable, qui permet d’en faire une auberge espagnole. Chacun va y apporter ses penchants, ses souvenirs et ses émotions. Et les activer, qui en tapant dans le ballon, qui en regardant les autres le faire. En commençant par ce qui vient de son enfance.
Écoutez ceux qui vous parlent de leur passion pour le football, ils commencent tous par raconter leur premier souvenir de foot. En général vers huit ans, souvent avec son père, l’évocation, au travers d’un souvenir enjolivé, d’un moment de bonheur émerveillé. Avec d’immenses héros lointains, Kopa, Pelé, Platini, Maradona, Zidane, Messi, Neymar… Chacun a les siens, mais en fait, c’est toujours le même. Avec Saint-Exupéry, nous sommes tous « de notre enfance comme d’un pays ».
Le capitalisme a toujours fait du jeu une marchandise
Et puis au football, on y vient avec sa culture. C’est elle qui dictera aussi nos réactions. Ah, la soirée du 8 juillet 1982 à Séville, où la France, ridicule depuis 25 ans, parvenait en demi-finale du tournoi mondial où  elle affrontait l’Allemagne. En alignant, face aux brutes germaniques, un milieu de terrain constitué de quatre fils d’immigrés efflanqués qui était le meilleur du monde. Chacun connaît l’histoire et sa fin, horrible concentré d’injustice. Je me demande bien comment Camus et Gramsci auraient pu voir de la morale et de la loyauté dans l’agression de Schumacher et le penalty manqué par Bossis. Je ne fus pas vraiment surpris de la réaction d’une partie du public français qui, souvent Poulidoriste, adorant les vainqueurs qui perdent, invoqua la malchance, vaguement l’injustice, et plaignit beaucoup les vaincus. Pour ma part, c’était simple et stupide : la haine du boche.
Heureusement, intellectuels gommeux et petits-bourgeois sans passion nous expliquent doctement qu’en fait, nous sommes manipulés. On va nous apprendre tout d’abord que le football est un moyen de gouvernement, un moyen de pression vis-à-vis de l’opinion publique et une manière d’encadrement idéologique des populations. Ensuite, qu’il est devenu un secteur d’accumulation de richesse, d’argent, et donc de capital. C’est une marchandise clé du capitalisme mondialisé. Et enfin, il constitue un corps politique, un lieu d’investissement idéologique sur les gestes, les mouvements. Bigre. Il est vrai que la FIFA n’est guère reluisante. Association à but non lucratif, elle est en réalité une holding transnationale gérant le capital sportif et sa marchandisation. Un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013, et autant de réserves financières. Mais la transformation d’un jeu en marchandise n’est pas une nouveauté, le capitalisme l’a toujours fait, dès lors que ce jeu en valait la chandelle.
Le grand-pont de Pelé sur Mazurkiewicz
Cette approche ne répond pas à la question : pourquoi est-ce que tout le monde joue au foot aux quatre coins de la planète sur des terrains vagues, dans des cours d’école, sur les plages ? Et depuis très longtemps. Contrairement à ce que l’on peut penser, en Nouvelle-Zélande, le premier sport pratiqué est bien le football. Et comme, c’est le peuple qui joue, c’est souvent le sport des ouvriers, Jean-Claude Michéa, adorateur du foot mais conscient du problème, nous propose une explication compatible avec sa chère «common decency ». Alors, pourquoi cette fascination pour ce jeu bizarre, qu’on peut certes jouer partout, mais où le descendant d’Homo habilis n’a pas le droit de se servir de ses mains ?
La plus belle et fugace œuvre d’art que j’ai eu l’occasion de voir dans ma vie est « le grand-pont sur Mazurkiewicz ». Le grand-pont, c’est celui de Pelé en demi-finale de la coupe du monde 1970. Parti de la droite du terrain, il va à la rencontre d’une grande transversale que vient de lui délivrer Tostao. Le gardien uruguayen sort à sa rencontre. Pelé croise la trajectoire du ballon sans le toucher. Crucifiant le gardien stupéfait qui voit la balle passer à sa gauche et Pelé à sa droite.
Durée de la séquence trois secondes. Du geste génial qui nous arrache un cri que j’entends encore, une demie seconde. Fulgurance qui résume bien le football, un sport d’équipe organisé et rationnel et un JEU individuel et irrationnel.
Je n’aime pas trop le PSG, mais je vais me régaler à regarder jouer Neymar. En attendant M’Bappé…
Régis de Castelnau dans Causeur 7 août 2017

Libellés : , , , , , ,

19 mai 2016

La langue des médias : phobie, dérapage, évaluation morale



Extrait d'une récente interview sur le site Atlantico ( plutôt à droite sur l'échiquier presse d'opinion).
Dans son dernier livre, "La langue des médias", l'universitaire Ingrid Riocreux analyse l'emploi exponentiel du mot "dérapage" par les journalistes, ce qui révèle, selon elle, une dérive de ces derniers qui assument de plus en plus une fonction d'évaluation morale.

Destruction du langage

Publié le 20 Mars 2016



Atlantico : Dans votre livre, "La langue des médias", sous-titré "destruction du langage et fabrication du consentement", vous évoquez les mots valises et autres expressions convenues des journalistes. Parmi ceux-ci, l'incontournable "dérapage", qu'on lit et qu'on entend plusieurs fois par jour désormais. Depuis quand et pourquoi, selon vous ?
Ingrid Riocreux : Au sens propre, déraper c’est glisser de manière incontrôlée, accidentelle. Ce qui est intéressant, c’est que, bien avant d’envahir l’espace médiatique, le mot "dérapage" avait déjà acquis dès les années vingt un emploi figuré pour désigner un écart psychologique ou comportemental, une perte momentanée du contrôle de soi. 
Il y a donc, à l’origine, une dimension pathologique dans le dérapage, exactement comme pour la notion de "phobie" qui a, elle aussi, pris une place énorme dans le vocabulaire actuel : islamophobie, homophobie, etc. Justement parce que "dérapage" est une métaphore, le sens de ce mot reste très flou, comme l’est aussi celui des "phobies".
"Dérapage" renvoie, de manière très générale à l’idée d’écart par rapport à une norme. Si l’on regarde avec un peu d’attention dans quels contextes il est convoqué, on constate qu’il désigne un panel très large d’écarts, allant de la petite phrase "sulfureuse" comme ils disent, au geste vulgaire ou violent, en passant par les insultes. C’est large ! Mais le point commun, c’est que tout cela, ce sont des choses "pas bien".

Au-delà du flottement sémantique, on voit donc que l’emploi exponentiel du mot dérapage témoigne d’une dérive du journalisme, qui assume de plus en plus nettement une fonction d’évaluation morale. Or, rien n’est moins objectif qu’une évaluation morale, les notions de bien et de mal étant toujours adossées à un certain système de pensée, une certaine vision du monde, en un mot, à une idéologie. Il est d’ailleurs tout à fait révélateur que la plupart des propos désignés par les journalistes comme des dérapages ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire ou, quand c’est le cas, à aucune condamnation.

Parler de dérapage permet donc, sans en avoir l’air, d’exprimer un jugement moral sur les propos de quelqu’un, mais ce qui est frappant c’est que le journaliste lui-même n’en est pas conscient. Il emploie la notion de dérapage en pensant manifestement qu’il s’agit d’un terme absolument neutre. Laissez-moi vous donner un exemple. Dans son JT de 13h, Jean-Pierre Pernaut dit un jour ceci : "malgré son dérapage sur la race blanche, Claude Bartolone est reconduit à la tête de l’Assemblée nationale". Le 19 décembre, dans son émission On n’est pas couché, Laurent Ruquier commente cette phrase en accusant Pernaut d’avoir ainsi "donné son avis". Réaction de Léa Salamé : "non, Pernaut a raison, c’est factuel !". Pour elle, comme pour Jean-Pierre Pernaut apparemment, un dérapage, c’est quelque chose d’objectif, de factuel.

Intégralité de l'ITW :  http://www.atlantico.fr/decryptage/denonciation-derapages-deux-poids-deux-mesures-que-journalistes-pratiquent-inconsciemment-et-largement-ingrid-riocreux-2630933.html

2 - Bien que les choses ne se situe pas sur un plan idéologique ( bien que...) Je suis agacé par la signification donnée au mot ZAD dans les médias à propos de Notre Dame des Landes. ZAD c'est " zone à défendre" comme l'ont baptisé les opposants et occupants de la ZAD. Sauf que la ZAD qui en urbanisme veut dire Zone d'Aménagement Différé existait déjà dans les années 80, quand les pouvoirs publics faisait déjà l'acquisition des terrains pour le projet de transfert de l'aéroport. Dire que les ZAD est la zone à défendre, c'est de la part de la presse, adopter le point de vue des opposants.
" Mal nommer les choses, disait Albert Camus, c'est ajouter aux malheurs du monde" 

Libellés : , , , , , , ,

8 décembre 2013

Nelson Mandela - Albert Camus

Cette année 2013 restera celle de la mort de Nelson Mandela et aussi celle de centenaire de la naissance d'Albert Camus né en 1913. Je rapproche ces deux noms, ces deux personnalités qui toutes deux ont reçu le prix Nobel ( de la paix pour Mandela partagé avec De Klerk, de littérature pour Camus) car l'un a joué un rôle historique dans l'évolution pacifique de son pays - ce n'était pas gagné ! - l'autre, Albert Camus aurait pu être le "Mandela" de l'Algérie si le contexte historique avait été différent.
Au départ aussi bien en Afrique du Sud qu'en Algérie, les similitudes étaient incontestables : forte implantation européenne dans une colonie de peuplement, domination économique de cette minorité, absence d'égalité des droits pour la population autochtone, engagement d'une lutte armée d'émancipation. L'Afrique du Sud s'est épargné une guerre civile épuisante, un exode massif de la minorité blanche, un recul économique et social comme cela s'est passé dans le Zimbabwe voisin sous le pouvoir de Mugabé qui en deux décennies a transformé "le grenier " de l'Afrique, en un pays à la dérive. Cette évolution pacifique et relativement prospère grâce à l'extraordinaire exemple de Mandela et la lucidité de leaders blancs comme De Klerk qui ont compris la marche de l'Histoire.
Albert Camus aurait pu être l'homme de la synthèse en Algérie, avec ses racines populaires, le respect qu'il a toujours inspiré aux Algériens, l'existence de minorités libérales dans les deux camps. On ne récrit pas l'histoire qui a été tragique, lourde à payer pour l'Algérie - qui se porte beaucoup moins bien que l'Afrique du Sud - et pour la France qui n'en finit pas de ressasser son échec. Si autour de Camus il y avait eu davantage d'hommes pour lancer des ponts plutôt que dresser des murs...

Libellés : , , , , , ,

9 février 2013

Ousmane Ndiaye, les clichés africains à l'épreuve des faits



C'était le 1er février au CCO la conférence débat de l'Observatoire des médias avec Ousmane NDIAYE de Courrier International que j'accompagnais. Le thème était : Les clichés à l'épreuve des faits, les médias et l'Afrique.

Nombreux sujets abordés par le jeune invité de l’Observatoire – 32 ans – qui a déjà à son actif, 14 ans de journalisme au Sénégal et en France, la responsabilité de la rubrique Afrique à Courrier International, des formations à Sciences Po Paris, et l’engagement dans la Société des rédacteurs du Monde. Cette dernière responsabilité étant particulièrement prenante en raison de la recherche d’un nouveau directeur de ce journal suite au décès brutal d’Erik Israëlewicz.

Le thème proposé est d’abord l’occasion d’une réflexion sur le journalisme « Le cliché est un mode de fonctionnement très fréquent dans la presse » alors que de son point de vue «  Le journalisme doit être un travail de complexité, qui doit s’inscrire dans un processus long ». Citant l’exemple du Mali , il souligne ses sept siècles d’histoire complexe. L’information en référence à l’origine latine du mot, c’est  « La mise en forme ». C’est pourquoi Ousmane Ndiaye est l’un des signataires du Manifeste XXI – Revue trimestrielle d’information diffusée en librairie - qui affirme avec force l’avenir d’une presse écrite de qualité, sous le titre «  Un autre journalisme est possible » (1). Si la presse est  en danger, le journalisme ne l’est pas.

C’est l’occasion aussi de mettre en garde contre la multiplication des experts – qui doivent d’abord être médiatiques. Et de s’interroger «  Y-a-t-il de bons experts sur l’Afrique ? » ce qui permet à notre intervenant de faire part de choix clairement affirmés.

L’Afrique et ses clichés

C’est la politique de l’émotion qui domine sur l’Afrique. «  L’Afrique, c’est à 95% la guerre + la danse ! ». Il souligne aussi l’ignorance de la bombe démographique qui n’a pas que des aspects positifs et que 60% de l’immigration est intra-africaine. Un autre aspect concerne les différences dans les colonisations française et britannique, la France ayant pratiqué comme en Algérie, le peuplement. C’est ainsi qu’Albert Camus a créé un journal en Afrique, que Jean Daniel a une très forte audience par son implantation d’origine. La présence sur place est aujourd’hui exceptionnelle et la relocalisation parisienne favorise le journalisme de commentaire qui est une vraie spécialité française, ainsi que la très faible pratique des langues étrangères. Un exemple de cliché lié à l’actualité est celui des Touaregs – «  Les hommes bleus » - qui représentent au nord Mali, moins de 10% de la population. De même le danger et la violence des nombreux attentats anti-chrétiens pratiqués par le groupe islamiste Boko Haram – «  L’Occident est un péché » - dans le nord Nigéria, est peu connu et expliqué. La région des Grands Lacs en Afrique Centrale et ses conflits permanents ayant entraîné  des millions de victimes, est en partie, un angle mort de la presse française.

Sur le plan médiatique, Ousmane Ndiaye relève le développement de médias libres en Afrique notamment au Sénégal, où la première alternance politique est imputable à une presse libre. Autre aspect, la formidable adaptation et créativité des Africains à l’égard des nouvelles technologies, en particulier le téléphone portable.

Au total, Une intervention très tonique et sans langue de bois, du plus jeune invité de l’Observatoire des médias, qui souhaite retourner en Afrique de l’Ouest pour couvrir l’actualité de cette région.

Jean-Claude Charrier – février 2013


Libellés : , , , , ,

25 août 2010

Albert Camus à Lourmarin





Pélerinage d'été à Lourmarin où Albert Camus repose depuis sa mort accidentelle en janvier 1960. Une tombe modeste abondamment fleurie d'un laurier rose et de lavande sous un soleil généreux à l'écart du "village". Une rue Albert Camus dans le village où sa fille habite la maison acquise en 1958, peu de temps avant sa disparition, mais qu'il avait choisi pour ses paysages du Luberon ( les gens prononce LubEron )qui lui rappelaient son Algérie natale.
La ville a eu l'heureuse intiative d'organiser une exposition en hommage au grand écrivain : expo modeste mais émouvante par la diversité des angles choisis dans les nombreux engagements et oeuvres de Camus. Le message en faveur de la Hongrie en 1956,ou l'appel contre les attentats visant les syndicalistes algériens, ou encore Le texte de François Mauriac juste après son décès montre bien le vide laissé par son décès prématuré. L'hommage de René Char dont il était très proche - cf. photo - est particulièrement beau.
Avons l'heureuse surprise de se trouver dans une chambre d'hôtes à Ansouis ( prononcer Ansouisse !) tout proche, avec une couple qui était à l'occasion de ses vacances d'été dans la même démarche de venir à Lourmarin pour relire Camus et connaître son dernier cadre de vie.

Libellés : , , , , ,

11 juin 2010

Camus journaliste

Soirée passionnante d'hommage à Albert Camus avec Agnès Spiquel, vendredi dernier à Kerneis. Excellente
vidéo d'Yves Monteil
http://www.dailymotion.com/video/xdk50u_hommage-a-albert-camus-interview-d_news#from=embed?start=21

Libellés : , , ,

4 janvier 2010

Albert Camus, il y a 50 ans

Pour ma génération la mort d'Albert Camus le 4 janvier 1960, dans un banal et dramatique accident de la route, a été un choc. A la fois parce qu'il portait des valeurs morales , éthiques qui étaient des repères indispensables dans cette phase d'Histoire marquée par la guerre froide et la décolonisation. Au coeur du conflit algérien par ses origines, analysant lucidement les enjeux, il a toujours eu une ligne de conduite dans laquelle " La fin ne justifie pas les moyens ". Refusant le terrorisme aveugle, il a perçu - à la différence de Sartre et de l'intelligenstia de l'époque, combien les moyens immoraux dénaturaient les meilleures causes. L'Histoire lui a donné largement raison : goulags et impérialisme soviétique, génocide cambodgien, dictatures des pays émergents. A la lumière de l'Afrique du Sud, comment ne pas penser qu'une autre issue, pouvait peut-être émerger en Algérie, qui n'est pas encore sortie du piège terroriste et de la guerre civile.
Il a manqué cette conscience dans la 2ème moitié du XXème siècle.
Les romans de Camus comme ses pièces de théatre, qui étaient dans les programmes lycéens restent marqués dans la mémoire : L'étranger, bien sûr, mais surtout La peste, qui m'avait beaucoup impressionné. Il y a peu, j'ai découvert " Noces" formidable texte, lyrique, sensuel, poétique, qui est un éblouissement méditerranéen.
Comment aussi ne pas être proche de Camus, d'origine populaire s'il en est, boursier, découvert par un hussard de la République, son instituteur Monsieur Germain, dont Alain Finkelkraut propose de déposer les cendres au Panthéon, plutôt que celles de Camus ( Ce serait un bel hommage, à tous ces enseignants qui ont tant fait pour la réussite des enfants des classes pauvres ). Le mépris de classe de Sartre à son égard, lorsque leurs désaccords sont devenus patents, ne s'oublie pas.

Libellés : , ,